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Réseaux d’eau en milieu de soins : les bons réflexes contre la prolifération bactérienne.

Dans les établissements de santé, un réseau d’eau mal conçu ou insuffisamment entretenu peut rapidement devenir un milieu favorable au développement des bactéries et des biofilms, sans compter l’entartrage.

Dimitri Grosshans, ingénieur d’études chez BWT France, revient sur les principales causes de contamination et présente les solutions permettant de prévenir les risques et de sécuriser les installations.

Quels sont les facteurs liés à la conception et à l’exploitation des réseaux d’eau qui favorisent la prolifération bactérienne ?

Ils sont nombreux. En premier lieu, cela peut être la présence de bras morts dans les canalisations, soit dans les ailes n’étant pas encore en exploitation, soit dans les chambres temporairement inoccupées. Les eaux stagnantes contribuent au développement du biofilm dans lequel les bactéries prolifèrent et, de là, peuvent contaminer tout un réseau, à la faveur de leurs flagelles qui leur permettent une certaine mobilité dans le milieu aquatique. Un autre cas fréquemment rencontré sur le terrain, notamment lors des travaux de raccordement d’équipements, relève de l’absence de déconnexion entre les réseaux d’eaux usées (EU) et les réseaux d’eau froide ou chaude sanitaire. Les bactéries présentes dans les réseaux EU peuvent alors contaminer les réseaux sanitaires. On observe aussi des installations de distribution mal dimensionnées : avec des diamètres trop importants, les vitesses de circulation ne sont pas suffisantes pour éviter les dépôts de sédiments pouvant servir de support aux bactéries. À l’inverse, lorsque les vitesses sont trop importantes, des phénomènes d’érosion apparaissent et rendent la surface des conduites plus rugueuse, propice à l’accroche du biofilm. La gestion des températures est également cruciale, les bactéries ayant un pic de développement entre 25 et 45 °C.

Quels sont les premiers indicateurs qui doivent alerter un exploitant au sujet d’une éventuelle contamination ?

Il y a des signaux d’alerte, comme la dérive des températures, la corrosion, l’entartrage ou encore l’absence de traitements préventifs contre l’entartrage et la prolifération bactérienne. Autant de signaux qui peuvent être confirmés par des analyses bactériologiques régulières.

En quoi les traitements préventifs sont-ils importants ?

Il est difficile pour un maître d’ouvrage n’ayant pas été confronté à une contamination de son réseau de cerner les enjeux de ces actions préventives. Or, un traitement curatif de choc peut nécessiter des interventions de nuit ou la fermeture temporaire d’un bâtiment. Avec certaines bactéries particulièrement résistantes, il peut aussi être nécessaire de multiplier les désinfections. Une fois le recours à un traitement préventif décidé, il convient de réaliser un audit du réseau, en tenant compte de l’ensemble des facteurs de risque dont nous parlions précédemment : sans isoler et purger les bras morts, sans régler les températures en retour de boucle ou sans changer certaines canalisations problématiques, traiter préventivement l’eau revient à mettre un pansement sur une jambe de bois. En termes de bonnes pratiques de conception et d’exploitation, rappelons que des réseaux facilement maintenables, des points de contrôle accessibles, un suivi des températures et des purges régulières sont aussi essentiels pour limiter les risques de contamination.

Quels sont les traitements envisageables pour lutter contre l’entartrage des canalisations et des équipements de distribution d’eau ?

La solution repose sur des adoucisseurs qui assurent un traitement physico-chimique. L’enjeu est double.
D’une part, le tartre présente une surface poreuse qui constitue un terrain propice à la formation de bactéries. D’autre part, sa formation dégrade progressivement la performance des installations de chauffage : 1 mm de dépôt de tartre, côté eau, cause une réduction de 7 % du transfert de chaleur. Il y a donc des consommations d’énergie supplémentaires et une durée de vie réduite des générateurs de chaleur.

Qu’en est-il de la lutte contre la prolifération bactérienne ?

Sur ce plan, on observe que des décideurs se tournent encore souvent vers une solution peu onéreuse en installant un groupe de dosage et d’injection de chlore liquide. Or, c’est oublier que la chloration doit être liée à d’autres paramètres chimiques de l’eau, tels que le pH. Pour les eaux de consommation humaine dans les établissements de santé, deux modes de traitement chimique sont conformes à la réglementation : le chlore et le dioxyde de chlore. Le choix entre les deux s’opère en fonction des propriétés de l’eau à traiter ou des typologies de réseaux. Pour les traitements curatifs, diverses solutions sont envisageables : la chloration, le peroxyde d’hydrogène associé à l’acide péracétique, la désinfection thermique avec des conduites portées à 70 °C pendant 30 minutes. À noter que, pour les réseaux d’eaux techniques, d’autres solutions peuvent être mises en œuvre comme les générateurs UV ou des filtres de 0,2 µm.

Quelles sont les bactéries susceptibles de contaminer les réseaux d’eau des établissements de santé ?

Tout d’abord, notons un chiffre édifiant en la matière : un millilitre d’eau douce contient un million de bactéries. Le meilleur moyen de détecter la présence des bactéries dans les réseaux consiste à réaliser des analyses physico-chimiques et bactériologiques. Parmi les différentes formes qu’on trouve plus spécifiquement dans les circuits d’eau chaude sanitaire, certaines sont pathogènes comme les coliformes, Escherichia coli, Legionella pneumophila ou les entérocoques intestinaux. Il y a aussi Pseudomonas aeruginosa, responsable de nombreuses infections nosocomiales et d’autant plus dangereuse qu’elle est très résistante face aux opérations de désinfection. Ce qui souligne à nouveau toute l’importance des traitements préventifs. Les circuits climatiques en métal sont aussi exposés aux effets des bactéries sulfato-réductrices, pouvant causer une biocorrosion des canalisations.

Vous proposez également des solutions de « chimie alternative ». En quoi cela consiste-t-il et quels en sont les objectifs ?

Ces solutions concernent les circuits climatiques pour lesquels nous avons développé des principes actifs d’origine végétale, sans phosphore, au pH neutre et biodégradables à 99 %. Actuellement, la chimie alternative offre des solutions pour le désembouage, l’inhibition du tartre, la biodispersion et l’inhibition du développement du biofilm ou encore l’inhibition de la corrosion. L’enjeu est d’accompagner la demande croissante de nos clients qui souhaitent réduire l’impact environnemental de leurs rejets. Autre avantage :
ces solutions nécessitent des opérations de rinçage réduites, ce qui préserve les ressources en eau.
Cela étant, rappelons qu’aucun traitement chimique ou physique ne pourra compenser à lui seul les défauts de configuration ou d’exploitation des réseaux d’eau :
la maîtrise durable du risque microbiologique repose sur une approche globale associant conception, surveillance, maintenance et traitement de l’eau.