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L’hôpital de demain sera piloté par la donnée et l’ingénieur hospitalier en sera le chef d’orchestre

La complexité technologique croissante des infrastructures de santé place la modernisation des établissements au cœur des enjeux de notre décennie. À l’approche des Journées d’Etudes et de Formation des Ingénieurs Hospitaliers de France (IHF), du 17 au 19 juin à Nantes, Monsieur Cazabat, président de l’association, esquisse les perspectives d’un secteur en pleine transformation. Entre le déploiement du BIM depuis quelques années, l’essor de l’intelligence artificielle aujourd’hui et les exigences de transition écologique, l’ingénieur s’affirme plus que jamais comme un acteur clé dans la construction d’un hôpital agile, durable et centré sur les besoins du patient.

Bruno CAZABAT,

Président de l’association Ingénieurs hospitaliers de France

L’ingénieur, chef d’orchestre de la complexité hospitalière

Fondée en 1956, à la même époque que la création des Centres Hospitaliers Universitaires (réforme Debré), l’association IHF a pour vocation historique de partager les innovations techniques au service de la médecine. Aujourd’hui, forte d’environ 300 adhérents, l’association est un véritable organisme de formation certifié Qualiopi. L’hôpital est devenu une infrastructure hautement sophistiquée, largement pus complex que l’immobilier tertiaire classique. Dans cet environnement, les sciences techniques mobilisées sont extrêmement variées : courants forts et faibles, fluides médicaux, CVC, ou encore aéronautique pour les hélistations… avec une architecture répondant aux besoins multiples. « Face à cette diversité, l’ingénieur ne peut être spécialiste de tout, mais il endosse naturellement un rôle de chef d’orchestre » affirme Bruno Cazabat. Devenu le garant de la coordination entre les différents métiers, il s’assure de la viabilité de projets qui s’étalent sur trois, cinq, voire dix ans pour les plus importants. La récente réforme du statut des ingénieurs hospitaliers (2024) reconnaît et valorise cette pluralité de profils et de compétences, allant de l’expert technique pointu au manager général.

 

Numérique et data : du BIM à l’Intelligence Artificielle

La révolution numérique modifie la conception des établissements bien avant la pose de la première pierre. Le Building Information Modeling (BIM) s’est imposé comme une norme d’anticipation depuis une décennie. Cette modélisation 3D permet d’orchestrer le passage des réseaux très encombrants (comme le traitement de l’air) et de fusionner les plans d’exécution des entreprises, évitant ainsi des carottages correctifs et des surcoûts colossaux lors des chantiers. Une fois l’hôpital livré, cette maquette trouve une nouvelle utilité en exploitation : les agents de maintenance, équipés en mobilité, accèdent instantanément aux données des installations techniques, directement sur le terrain, gagnant considérablement en réactivité. Si l’intelligence artificielle bouleverse déjà l’imagerie médicale, elle fait aussi son entrée dans l’ingénierie par le traitement de masse de données concernant l’énergie et le confort. Le GHU de Paris l’utilise par exemple pour analyser les consommations énergétiques de ses 150 sites. Autre application précurseur : l’IA a été capable de modéliser le futur design d’un service d’urgences en ingérant trois années de statistiques sur le parcours et le temps du flux des patients. M. Cazabat nuance toutefois :  « l’IA est un puissant outil d’aide à la conception et à l’exploitation. Il permet d’aller plus vite, mais moins créatif que l’humain, il exige aussi de l’ingénieur un esprit critique acéré ».

Décarbonation : un défi budgétaire et écologique

Atteindre les exigences du Décret Tertiaire est un enjeu vital, d’autant que la récente explosion des coûts en 2023 et 2024 et les tensions persiques ont rappelé l’urgence de la maîtrise de l’énergie. Le raccordement aux réseaux de chaleur urbaine est l’une des clés de cette réussite, permettant d’utiliser une énergie très largement « verte » (peu fossile) et de mutualiser la production avec le reste de la ville. Pour pallier le manque de ressources internes, certains établissements se tournent vers les Contrats de Performance Énergétique (CPE) avec des prestataires privés. Sur des engagements d’au moins huit ans, ces contrats garantissent des résultats. Le CHU de Bordeaux, par exemple, a cartographié ses bâtiments pour éradiquer les « passoires thermiques » à travers 168 micro-chantiers ciblés (isolation, régulation) financés en partie par les Certificats d’Économie d’Énergie. La construction s’oriente aussi vers le bas carbone mesurée par le référentiel Certivéa -HQE Bâtiment Hospitalier- et développe de nouvelles filières d’économie circulaire ; des partenariats industriels, comme Saint-Gobain, permettent désormais de recycler le verre, les menuiseries et les carreaux de plâtre issus des démolitions hospitalières.

L’hôpital de 2036 : flexible et au service des patients

Comment concevoir les bâtiments d’aujourd’hui pour qu’ils soient viables dans dix ans ? Le mot d’ordre est la flexibilité. Il faut abandonner la rigidité du passé pour permettre l’évolutivité des espaces, et pouvoir transformer les locaux sans toutcasser. Les blocs opératoires doivent pouvoir accueillir de l’imagerie interventionnelle, les urgences doivent pourvoir s’adapter aux crises sanitaires… L’hôpital de demain doit être à proximité des centres urbains pour limiter les trajets polluants, être sobre en carbone, et assurer une traçabilité numérique optimale.
Ces enjeux seront l’épine dorsale des 76ème Journées IHF de Nantes qui mettront en lumière le projet du nouvel hôpital sur l’Île de Nantes, actuellement en phase de livraison. Le message final adressé aux décideurs par le président de l’IHF est clair : encourager l’ingénierie pour maîtriser la complexité de ce monde hospitalier, en plaçant toujours l’innovation et l’écoute des patients comme priorités absolues.

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